La leçon de la femme à barbe

Le défi d’être soi

Harnaam Kaurêtre soi est une jeune femme anglaise de 25 ans qui porte la barbe. Quoi de plus déroutant chez une femme ! Elle a notamment fait une série de photos pour une photographe spécialisée dans les mariages avec sa barbe fleurie et est devenue une icône.

Si aujourd’hui Harnaam Kaur assume sa barbe avec le sourire, il n’en a pas toujours été ainsi. Atteinte d’un dérèglement hormonal qui lui a valu une forte pilosité dès l’âge de 11 ans, elle a été victime de harcèlement et a pensé se suicider. Finalement, après tout un cheminement, elle a repris le dessus et s’est mise à aimer ce que les autres considéraient comme un défaut. Voici le message qu’elle nous délivre sur son compte Instagram : « J’aime incarner une image diversifiée dans la société. N’ayez jamais peur de qui vous êtes vraiment supposés être. Vous êtes absolument magnifiques tels que vous êtes. Ne laissez jamais les mots et les moqueries des autres vous détruire. Me voici, à la recherche de mon merveilleux mari haha ».

Le courage d’être soi

Je suis toujours impressionnée par les gens qui défient la norme et assument qui ils sont, même si ce qu’ils sont est bizarre ou déroutant. Plutôt que d’intérioriser le regard des autres qui les transforme en monstre, ils se libèrent de ce regard et portent sur eux-mêmes un regard neuf, un regard libre et aimant, le regard de Dieu. Le plus fort est que cette inversion du regard fait que non seulement ils s’assument et deviennent heureux, mais en plus ils transforment notre propre regard sur eux. Par cet acte de liberté quasiment magique, ils changent le monde et rendent les gens plus ouverts et plus libres. Quelle force de caractère ! Quel courage !

Contrairement à Harnaam Kaur qui tire sa force et son originalité de sa barbe, la plupart des gens vivent leurs minuscules différences physiques ou sociales comme des monstruosités. Ils se démènent pour les cacher et passent ainsi leur vie à côté d’eux-mêmes. La norme sociale est une prison dans laquelle beaucoup de gens s’enferment eux-mêmes à double tour par peur du rejet, au détriment de leur authenticité et de leur bonheur. Quoi de plus triste et étouffant que la norme  ! Elle rend malheureux, peureux et parfois méchant. Elle réduit l’horizon, détruit notre potentiel créatif, éteint notre beauté et nous vole notre liberté.

Si Harnaam Kaur est capable d’assumer sa barbe et de tirer de la force de cette troublante différence, il devient beaucoup plus facile pour nous d’assumer nos ridicules différences. Et ainsi ce qui nous distinguait des autres et nous apparaissait comme un défaut se transforme en une belle opportunité d’être nous-même, entièrement et totalement unique. Merci Harnaam Kaur de nous rappeler à quel point il est important d’être soi et à quel point il est vain de dissimuler notre vraie nature sous le voile de la honte.

Comment le corps se sent, en ce moment ?

Apprendre à écouter son corps

écouter son corpsFaites l’expérience. Plusieurs fois dans la journée, arrêtez-vous sur ce que vous êtes en train de faire et posez-vous la question : « comment le corps se sent en ce moment? ».  Un retour sur soi. Ça prend juste quelques secondes, quelques respirations. Questionner le corps nous force à une introspection à laquelle nous sommes peu habitués. Il s’agit de faire le lien entre la chair et le soi, les sensations et les émotions. C’est un peu différent que de dire simplement  : « comment je me sens en ce moment ».

Lorsque l’on commence à se poser cette question, on réalise à quel point nous passons la plus grande partie de la journée dans notre tête en oubliant de consulter notre corps. Pourtant c’est à travers le corps que nous sommes au monde et que nous interagissons avec lui. Notre corps est la partie matérielle, énergétique, émotionnelle et sensible de notre être. Le corps, c’est soi-même, on ne peut pas le dissocier. Il n’y a pas d’un côté le soi et de l’autre le corps.

Le corps nous livre des informations sur notre environnement en lien direct avec notre survie et notre bien-être. Dans chacune des cellules, il y a une intelligence, une sensibilité, une conscience, une mémoire qui font que le corps est capable d’intuition et d’instinct. Car c’est bien notre instinct qui nous avertit des dangers et c’est encore l’instinct qui nous permet de nous sortir des situations les plus difficiles. Comme on dit en bon français « trust your guts! » [fais confiance à tes tripes]. Mais pour se fier à l’intelligence du corps, encore faudrait-il  apprendre à l’écouter.

Cette question, « comment le corps se sent en ce moment ? » nous ramène brusquement à ce que nous occultons à longueur de journée : notre ressenti. Il est tellement facile d’occulter nos malaises pour continuer notre routine, de les occulter jusqu’à ce qu’ils deviennent inconscients. Il y a des gens qui ne comprennent rien à cette question. D’autres la comprennent mais sont incapables d’y répondre tant ils sont coupés de leur ressenti. Beaucoup de gens ont tendance à vivre dans la négation de leurs émotions et celles-ci ne pouvant s’exprimer vont se manifester inconsciemment sous forme de douleurs ou de maladies qui ne feront que traduire la détresse psychique inconsciente engendrée par le déni des émotions et des sensations qui nous dérangent trop.

La gestion des émotions n’est pas quelque chose que l’on apprend à l’école et rarement en famille. Au contraire, l’éducation vise au déni des émotions et des sensations. Constamment dominé par les normes comportementales, médicales ou esthétiques de la société, le corps a rarement son mot à dire, sauf lorsqu’il fait mal. Sondé, analysé, scanné, ausculté, pesé, mesuré, remodelé, le corps est même devenu un objet de méfiance, d’angoisse et de rejet car plus nous essayons de le contrôler et plus il nous échappe et devient une sorte de bombe à retardement métaphorisant une anxiété obscure et profonde prête à nous exploser à la face sous la forme de maladie ou d’accident, avec comme déchéance ultime celle de la vieillesse. Finalement pour beaucoup de gens, le corps est un ennemi sournois à domestiquer.

Quand on leur pose la question « comment le corps se sent en ce moment? », certaines personnes ressentent bien quelque chose mais n’arrivent pas à mettre de mots dessus, et c’est en général ce qui se produit quand vous vous posez cette question pour la première fois. On est dérouté et on a comme un blanc. Il y a tout un travail de rééducation à faire, mais petit à petit, à force de consulter le corps, on fini par lui faire confiance, on en fait un ami et il devient alors possible de se laisser guider par lui. Le corps nous dit des choses comme ça : « cette personne te vide et mieux vaut t’éloigner », « là, tu es fatigué, repose-toi même si tu te sens coupable», « avec eux, tu te sens bien et tu devrais rester plus longtemps même si la raison te dit le contraire », etc..

Laissez parler votre corps à longueur de journée, et laissez-vous guider par lui, écoutez ses maux et ses angoisses. Vous serez étonné des changements que cette petite question « comment le corps se sent en ce moment » induira dans votre vie. Vous vous éloignerez des gens et des situations toxiques et vous irez vers ce qui vous fait du bien. Instinctivement. La guérison commence par là.

L’hypnose ericksonienne ?

L’hypnose ericksonienne : une révolution

hypnose ericksonienne

Milton Erickson

Si l’hypnose de spectacle a pour finalité de distraire – malheureusement parfois aux dépens des personnes qui se sont portées volontaires –, la finalité de l’hypnose ericksonienne est la transformation et la guérison en utilisant les ressources de l’inconscient.

Cette application thérapeutique de l’hypnose nous vient du psychiatre américain Milton Erickson (1901-1980), qui a révolutionné l’hypnose par une approche basée sur la conviction que la personne a en elle toutes les ressources nécessaires pour trouver une solution à ses problèmes et évoluer. L’approche de l’hypnose ericksonienne nous prouve à quel point la psyché humaine est plastique et sensible à la métaphore et l’inconscient non plus un ennemi qui nous joue des mauvais tours mais une ressource inépuisable extrêmement puissante.

La transe hypnotique est un état naturel

L’état de transe hypnotique un état intrinsèque aux êtres humains qui se manifeste naturellement dans certaines conditions. Par exemple si vous êtes plongé dans roman passionnant au point de vivre le récit comme si vous y étiez, d’oublier où vous êtes et de perdre la notion du temps, alors oui,  vous êtes bien dans un état de conscience modifiée proche de la transe hypnotique. De même lorsque vous conduisez ou encore lorsque vous regardez la télévision. Vous comprenez donc que la transe n’a rien de sorcier.

Lors de l’induction hypnotique, le contrôle de la conscience se relâche et ce relâchement induit une transformation de la perception de la réalité. C’est un état proche du sommeil et du rêve, mais tout en restant éveillé et conscient. Dans cet état, l’individu devient très sensible aux suggestions et va les prendre pour argent comptant, le cerveau ne fait plus la différence entre la réalité et l’imaginaire. Par exemple il est possible de faire apparaître des brûlures sur la peau par simple suggestion du feu.

La transe hypnotique est un état de ressourcement

L’état de transe hypnotique est un état agréable et ressourçant dont l’humanité a fait usage depuis la nuit des temps dans ses pratiques de guérison comme par exemple les pratiques chamaniques. C’est un état qui nous connecte aux couches profondes de notre être tout en atténuant la différenciation dehors/dedans, induisant ainsi le sentiment d’être en symbiose avec le reste de l’univers. C’est pourquoi certains personnes vont parler d’expansion de la conscience tandis que d’autres vont parler d’un accès à l’inconscient. A mon avis l’un n’exclut pas l’autre et ces deux processus se produisent en même temps et sont inter-reliés : il y a expansion de la conscience puisque la frontière conscient/inconscient s’estompe. Certaines personnes peuvent même vivre sous hypnose un éveil spirituel .

L’alliance thérapeutique

Le travail de l’hypnothérapeute est donc d’induire cet état naturel et de l’approfondir par certaines techniques très simples qui vont favoriser le lâcher-prise de la conscience. Bien entendu la personne doit se sentir en totale confiance pour se laisser aller à cet état. Tout l’art est d’établir ce lien de confiance qui va permettre à la personne de s’abandonner et de se laisser guider sa voix. C’est ce que l’on appelle l’alliance thérapeutique.

 L’hypnothérapeute va entrer lui-même en transe en accompagnant son patient. C’est un phénomène inévitable lorsque l’on mène une induction l’hypnothérapeute se mettre au même diapason que son client, il se synchronise. C’est de cette manière qu’il pourra faire une séance sur mesure en agissant sur le mode intuitif. En hypnothérapie, chaque séance est une nouvelle expérience et l’hypnothérapeute développe l’art de l’improvisation.

Faut-il croire à l’hypnose ?

L’hypnose, une histoire de charlatans ?

Je partage avec vous deux commentaires postés sur ma page Facebook qui m’ont donné envie de prendre ma plume  :  « Et il y a encore des gens qui se font avoir !  » et : « Moi je ne crois pas à l’hypnose ! « . Je remercie les personnes qui ont écrit ces commentaires car elles me donnent ainsi l’occasion de déconstruire certains préjugés à propos de l’hypnose.

Je suis toujours étonnée d’entendre une personne me dire qu’elle ne croit pas à l’hypnose, comme si c’était une question de croyance, comme si c’était la même chose que de croire en Dieu, à la magie ou aux esprits. On a l’impression à les entendre que ceux qui se laissent hypnotiser sont des êtres naïfs, faibles et un peu stupides puisqu’ils « se laissent avoir ». Bien entendu ces personnes n’ont jamais fait l’expérience de la transe et ne font qu’exprimer les préjugés qui ont cours dans la société à propos de l’hypnose.

hypnose

L’hypnose, une question de croyance ?

On ne peut pas parler de l’hypnose en termes de croyance puisque l’hypnose se situe sur le registre de l’expérience. Elle induit un état de conscience modifiée qui s’expérimente à travers notre subjectivité, c’est-à-dire à travers notre façon d’être au monde qui est propre à chacun. Personne ne peut remettre en question ce que vous vivez quand vous êtes en état de transe. Cela vous appartient. Et si ce que vous avez vécu fait que vous revenez de la transe plus détendu, plus heureux ou en meilleure forme, cela non plus, personne ne peut vous l’enlever. Peut-on dire que celui qui arrête de fumer ou voit ses symptômes disparaître s’est fait avoir ?

L’état de transe est un état naturel que tout le monde peut en principe expérimenter. La transe a une origine neuropsychologique, et on entre en transe comme on dort, respire, digère, etc. Alors croyez-vous en la digestion ou au sommeil ?

Une internaute m’écrit : « je fais ça depuis longtemps sans savoir que c’est de l’hypnose« , ce qui démontre que l’état de transe est naturel, spontané puisqu’il est inscrit en nous. Moi-même j’ai vécu ma première transe vers l’âge de 12 ans en pleine nature sans comprendre ce qui m’arrivait. Et si j’ai trouvé cela fabuleux, je me suis en même temps demandé « Qu’est-ce qui m’arrive ? Suis-je normale ? » Parce que bien entendu, personne ne m’avait jamais parlé de ça.

La peur de l’hypnose

Et pourquoi jamais personne ne m’avait parlé de ça alors que c’est une fonction parfaitement naturelle ? Parce que dans notre monde régulé par la rationalité, la transe est considérée comme suspect et on l’associe à un passé obscure. Elle évoque la peur de l’irrationnel, la sorcellerie, le danger. Ceux qui la pratiquent auraient oublié de prendre le virage de la modernité et vivraient dans un univers archaïque fait de croyances révolues. 

La rationalité est au fondement des valeurs de la modernité. Beaucoup de personnes craignent d’être pointées du doigt quand elle se comportent de façon irrationnelle et s’auto-censurent. En voulant respecter les normes établies par la rationalité, elles se privent ainsi de la magie, de la créativité et de la poésie qui sont pour moi le nectar de la vie.

La rationalité sous-entend le contrôle de soi et dévalorise l’abandon et le lâcher-prise. Elle nie aussi l’existence de ce qui échappe à nos catégories et réduit le monde à des cages étroites qui nous coupent de l’essentiel. Ce qui fait qu’aujourd’hui, beaucoup de personnes ont honte de se laisser aller à la transe et n’ont plus accès à cette ressource essentielle tellement naturelle. Elles se retrouvent ainsi mutilées dans leur façon d’être. La honte ou la peur de se laisser aller est une des premières causes de résistance en thérapie.

La transe a accompagné l’humanité depuis la nuit des temps et sa fonction est des plus simples : le ressourcement. C’est pourquoi je considère qu’il est important de donner les moyens à chacun de retrouver en lui-même le chemin de la transe et de se réapproprier ainsi son véritable pouvoir.

Guérison, symboles et transe

La guérison : point de vue d’une anthropologue

guérisonEn tant qu‘anthropologue de la guérison, je me suis particulièrement intéressée à la dimension subjective de la maladie. La subjectivité, c’est  la façon unique que chacun a d’être au monde, de réagir aux symboles, d’interagir avec son environnement, de ressentir et d’exprimer ses émotions, etc. Le déclenchement des mécanismes de guérison est directement lié à la subjectivité d’un individu.

Il est intéressant de souligner que le monde biomédical élude la question de la guérison et laisse ce champ libre à la religion. La biomédecine s’intéresse davantage à la maladie et comment la combattre. Elle considère l’être humain comme le lieu de rencontre accidentel entre la maladie et le corps et transforme ce dernier en un champ de bataille. C’est véritablement  une guerre que livre la biomédecine à la maladie, une guerre qui s’exprime souvent dans un langage militaire, comme terrasser, vaincre, anéantir, lutter, etc. Ceux qui s’en sortent sont des survivants.

Pour des raisons principalement idéologiques, la biomédecine n’a que très peu étudié comment se déclenchent les mécanismes de guérison. Cette question demeure encore de nos jours un mystère. Toutefois les anthropologues ont acquis certaines connaissances sur le sujet en observant notamment les pratiques de guérison chez différents peuples à travers le monde.

Les anthropologues ont entre autres étudié l’impact du symbolique sur le biologique. Ils ont démontré qu’un acte symbolique a un impact sur le corps, et que cet impact est physiquement observable. Par exemple, si vous avalez un placebo, vous avalez un symbole de médicament et ce médicament symbolique fait réagir le corps et a le pouvoir d’amorcer la guérison. Le placebo est aujourd’hui chargé d’un tel pouvoir symbolique que même si vous l’avalez en sachant qu’il s’agit d’un placebo, il fera quand même de l’effet.

Les symboles n’agissent pas seulement sur notre corps, mais aussi dans toute notre vie, puisque notre vie et notre corps ne sont pas séparés. C’est pour cela que depuis la nuit les êtres humains  des temps manipulent les symboles. Les rituels de guérison sont basés sur ce principe. L’hypnose également. En manipulant les symboles alors que la personne est en état de transe, l’hypnothérapeute favorise l’activation  des mécanismes d’autoguérison.

Le Qi ou le souffle du dragon

Le Qi sort de la bouche du dragon

qiSelon la cosmologie chinoise, le Qi est le souffle vital qui parcourt sans relâche l’univers. En lui s’expriment les deux forces primordiales yin et yang : le yin à l’expiration et le yang à l’inspiration.

Le souffle vital sort symboliquement de la bouche du dragon car c’est lui qui initie le bal de la danse cosmique de la vie. Le dragon est l’éveilleur, l’énergie qui donne la vie, qui fait que la graine est fécondée. Il est situé à l’Est et il est associé au Tonnerre. C’est par le Tonnerre que tout commence. Il apporte la joie, la motivation, l’enthousiasme, la vitalité. Sans lui, rien ne peut se faire.

Le Qi ou l’énergie universelle

Le souffle du dragon ou le Qi, c’est l’énergie universelle que l’on retrouve dans nombre de cultures : le Ki chez les Japonais, le Prana chez les Indiens, le Pneuma chez les Grecs, ou même l’Esprit chez le Chrétiens.

QiLe souffle du dragon circule partout. Il anime et englobe toutes les créations de l’univers. Il circule dans le corps à travers les méridiens (les Indiens parleront de nadis). Selon la conception chinoise, la circulation du souffle du dragon doit être harmonieuse. Trop forte, elle entraîne le chaos, la guerre, la faillite, la mort brutale. Trop lente, elle apporte la stagnation, la maladie, la pauvreté, la solitude. Tout l’art du maître de Qi Qong, de Feng Shui ou de l’acupuncteur sera de maîtriser le souffle du dragon et de le réguler pour que son flux soit régulier et paisible. Gare au mauvais Qi qui apporte la malchance !

Maîtriser Qi apporte la guérison

Au fil des millénaires, les Chinois ont cultivé l’art de la maîtrise du QI.  Il décuple nos forces et apporte la guérison, l’abondance et même l’éternité ! En feng shui, on parle de faire circuler le Souffle du Dragon pour apporter dans la maison la prospérité, l’amour et la santé.

Votre anxiété est-elle liée à la menace écologique ?

Le lien entre anxiété  et écologie

anxiété écologieNotre rapport à l’environnement joue un rôle fondamental dans l’équilibre mental humain. Aussi la destruction de l’environnement a-t-elle un impact direct notre état psychique et notre conscience. Le philosophe de l’environnement Glenn Albrecht s’intéresse au lien entre la psyché des individus et la terre, et aux sentiments et émotions qui en découlent. Il a développé le concept de solastalgia pour parler de l’anxiété liée à la menace écologique qui pèse sur la planète et affecte psychologiquement les individus. Ainsi il existe un lien étroit entre anxiété et écologie auquel nous devrions davantage nous sensibiliser.

Solastalgia signifie « être privé de l’essence même de son environnement ». Glenn Albrecht décrit un sentiment de détresse, une nostalgie permanente et un état d’impuissance causés par la disparition lente mais visible des environnements familiers des individus. Il parle aussi d’écoanxiété, d’écoparalysie et écoconfusion sans faire référence à des pathologies médicales mais à des états et des émotions qui se manifestent face à cette menace réelle alors que l’on se sent impuissant et incertain et que les dirigeants sont dans le déni, l’aveuglement ou simplement la bêtise.

Le chercheur Peter Louv parle de nature-deficit disorder pour décrire les enfants constamment branchés à leur téléphone et à leur ordinateur et qui grandissent dans un monde essentiellement virtuel, sans aucune conscience de leur habitat naturel. Comment ces enfants complètement déconnectés de la Nature pourront-ils développer la moindre empathie pour elle ?

La fuite dans le monde virtuel ne peut régler ni l’anxiété, ni sauver la planète. Les concepts de Glenn Albrecht ou de Peter Louv nous font réfléchir sur notre propre anxiété en tant qu’individu. Nous avons tendance à interpréter nos malaises comme provenant de l’intérieur de nous-mêmes, comme si nous en étions les seuls responsables. Toutes les démarches de soins mettent l’emphase sur le traitement de l’individu. S’il y a un problème psychologique, on va chercher à transformer le comportement de l’individu inadapté. S’il s’agit d’une maladie physique, comme le cancer par exemple, on estime que quelque chose ne fonctionne pas dans le corps de la personne, et on va s’occuper seulement de son corps, et toutes les ressources pour traiter le cancer par exemple sont allouées au traitement médical. Pourtant la plupart de nos souffrances, de nos difficultés, de nos maladies et de notre anxiété résultent d’une organisation sociale qui n’est pas adaptée aux êtres humains et qui détruit l’environnement. Il faudrait changer la perspective et soigner la société pour que les individus et l’environnement se portent mieux.

La solastalgia est comme une onde d’anxiété qui traverse le monde et personne n’est à l’abri. La menace est là, bien réelle et elle est réelle pour tout le monde. Alors si vous vous sentez mal, prenez conscience que vous êtes sensible à cette onde et qu’il est normal de se sentir mal dans un tel monde. Il faut bien savoir distinguer nos problèmes personnels et les problèmes du monde, et savoir aussi que nos problèmes personnels ne sont jamais personnels parce que nous sommes tous interconnectés. La guérison des problèmes du monde passe par un éveil de conscience et un passage à l’action.

Danser pour guérir

Il lui a suffi de danser pour guérir

danser pour guérirFrederico Bitti est un journaliste italien atteint depuis 2007 de dystonie, une maladie qui affecte le système nerveux central. Cette maladie provoque des spasmes musculaires et des torsions involontaires et devient vite très invalidante dans les activités de la vie quotidienne. Considérée comme un « désordre neurologique du mouvement », elle n’affecte toutefois pas les capacités intellectuelles.

Les premiers symptômes de sa maladie sont apparus alors que Frederico Bitti dirigeait une entrevue pour son travail. Sa nuque tournait malgré lui du côté opposé à la personne qu’il interviewait, ce qui était vraiment gênant. Depuis ce jour, la maladie n’a cessé d’empirer et Frederico a essayé en vain toutes sortes de traitements. Ce qui fait qu’au bout de sept longues années de maladie, il était  psychologiquement dévasté.

En ultime recours, les médecins préconisaient une chirurgie du cerveau. Frederico décide alors de se rendre à Toronto pour consulter le Docteur Joaquin Farias, spécialiste de la dystonie qui traite les patients en rééduquant des muscles affectés plutôt qu’en prescrivant des médicaments.

Un jour, alors qu’il écoutait « Vogue » de Madonna dans son iPod, en revenant d’une consultation de chez le Dr Farias, Frederico prend soudain conscience que le fait de suivre la musique améliorait sa façon de marcher. De retour à son hôtel, il se filme en train de danser et montre la vidéo au Dr Farias qui comprend aussitôt que la danse était son traitement de prédilection. À partir de là, les progrès de Frederico sont fulgurants.

Cette histoire démontre que le corps a son intelligence et connaît le chemin de la guérison. Même si vous n’êtes pas malade, vous pouvez faire comme Frederico Bitti. Dansez librement et retrouvez un esprit enfantin. Bougez pour le plaisir de sentir circuler en vous l’énergie vitale. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise façon de danser, il y a juste le plaisir et la nécessité d’exprimer nos tensions et nos émotions à travers le corps. Et ça fait du bien !

La vidéo est en anglais, mais le langage du corps est universel. Regardez Frederico danser à partir de 2 :50. Magnifique !

Guérison et yoga

Parcours de guérison de pratiquants du yoga

guérison yogaMon mémoire porte sur le parcours de guérison de pratiquants du yoga Sivananda. L’enquête prend place à l’ashram Sivananda de Val-Morin (Québec). L’objectif de ma recherche a été d’identifier les vecteurs de guérison propres à chacun des répondants et d’observer comment ces derniers composent avec les univers de sens et les diverses représentations du corps, de la maladie et de la guérison qui circulent dans la société. 

Télécharger mon mémoire en pdf

guérison yoga

Swami Sivananda et Swami Devananda au bord du Gange

Le corps et ses représentations

Le corps dans le monde

En tant qu’anthropologue de la guérison, je m’intéresse à l’anthropologie du corps et plus spécifiquement aux représentations du corps dans les sociétés traditionnelles et dans la société occidentale moderne.

Le corps

L’individu en interrelation avec son environnement

Dans les sociétés traditionnelles, partout dans le monde et même en Europe avant la modernité, l’individu «personnellement moi je» (Le Breton 2011) n’existait pas. Les personnes s’inscrivaient dans un entrelacs de relations physiques, énergétiques, émotionnelles ou symboliques avec leurs semblables, avec la nature, avec le cosmos, avec l’invisible, etc. De même l’esprit, l’âme et le corps n’étaient pas dissociés. Il y a même des sociétés comme chez les Canaques en Nouvelle-Calédonie où avant l’arrivée des Blancs, la notion de corps n’existait même pas, on ne connaissait que la personne (Leenhardt 1971).

Le corps coupé du monde

Le corps dualiste de Descartes

Descartes

Avec la modernité, le corps a été séparé de l’esprit, les personnes ont été séparées les unes des autres et est apparu l’individu moderne tourné vers lui-même. C’est aussi avec la modernité que les parties du corps ont été séparées les unes des autres et toute la médecine moderne est fondée sur cette dynamique de séparation et d’atomisation d’un corps que l’on croit pouvoir démonter et remonter comme une machine (Descartes).

Le corps démantelé

Le corps étant séparé de l’esprit et fonctionnant comme une machine, on peut le découper et transplanter indifféremment les morceaux découpés d’un corps à l’autre. Les organes sont interchangeables comme des pièces de mécanique puisqu’ils ne portent pas en eux l’essence ou « l’âme » de la personne à qui ils appartiennent. C’est pourquoi on peut les remplacer indifféremment par des morceaux provenant d’autres corps humains ou par des machines.

Cependant on peut trouver sur Internet des témoignages de personnes qui ressentent en elles les émotions du donneur après une greffe d’organe, à l’instar de l’actrice Charlotte Valendray qui fit la une des médias français lors de la sortie de son livre De cœur inconnu. Ceci démontre que pour certains individus transplantés, l’organe n’est pas juste de la matière mais qu’il contient aussi l’essence de la personne ou « des éléments résiduels de vie » (Déchamp Leroux 1997).

La mort révisée

Cette vision dualiste qui sépare le corps de l’esprit a conduit l’Occident à réviser pour les besoins de la cause sa définition légale de la mort. Le concept de mort cérébrale pensé par un comité d’experts fut imposé en silence et sans débat public dans les années 1980 (Guillod et Dumoulin 1999). La population a accepté presque sans mot dire la mort cérébrale comme une mort définitive alors que par exemple au Japon, il existe une forte opposition à ce concept et la mort n’est effective que lorsque commence la putréfaction, ce qui rend impossible le prélèvement d’organes. Un corps-légume sous respirateur artificiel reste pour un Japonais un être humain : « C’est encore mon père et il est vivant.» (Hacking 2003/2004).

Ainsi en Occident depuis les années 1980, un individu est déclaré mort avant d’être tout à fait mort. La mort cérébrale autorise le prélèvement de ses organes avant que le dernier souffle de vie n’ait quitté son corps, car la transplantation exige qu’il reste encore un peu de vie à l’intérieur du morceau découpé.

Le processus de démantèlement

corps vésale photothèqueDissocier l’âme du corps a été un long processus qui s’est déroulé en même temps que les pratiques anatomiques se sont imposées. Il aura fallu plusieurs siècles avant que le corps ne devienne entièrement chair. Il a tout d’abord fallu transgresser le tabou du sang et le tabou de la frontière de la peau. Organisées en catimini au XIIIe siècle, les premières séances d’anatomie avec des cadavres se sont transformées  au XVIIe en spectacles organisés dans les jardins du roi.

En quelques siècles le tabou a sauté. Au Moyen Âge les chirurgiens  subissaient l’opprobre sociale  pour exercer un métier en contact avec le sang, au même titre que les bourreaux, les bouchers et les barbiers, tandis qu’aujourd’hui le chirurgien jouit d’un très grand prestige.

Reconstruire les liens avec le monde pour guérir

Cependant les études anthropologiques sur le corps démontrent que les individus ont peu ou pas du tout intégré la représentation anatomique (Le Breton) bien que celle-ci soit enseignée à l’école. Les individus se construisent plutôt des représentations fort personnelles de leur corps, souvent inspirées des autres cultures ou faisant référence à des représentations antérieures à la rationalité et qui ont persisté dans les consciences populaires.

Dans notre monde globalisé, toutes sortes de représentations du corps circulent et beaucoup d’individus adhèrent à des représentations qui viennent d’ailleurs et qui conviennent mieux à la perception qu’ils ont d’eux-mêmes et de l’univers. Par exemple, certaines personnes vont adopter les représentations du yoga avec les chakras, ou la vision énergétique des Chinois avec les méridiens. Certains parlent de leur corps astral, du corps énergétique, de l’aura. Il y a des gens qui sortent de leur corps et voyagent dans d’autres dimensions, qui parlent avec morts, etc. Et il ne s’agit pas là d’un phénomène marginal.

Il est important lorsque l’on parle de guérison de réfléchir sur la perception et la représentation que l’individu a de son corps, et d’explorer les liens qu’il entretient avec lui-même, avec les autres, avec son environnement et avec le cosmos (l’univers, Dieu, etc.). Lorsque l’on s’intéresse à la dimension subjective de la maladie, on découvre bien souvent que la rupture ou la fragilisation d’un lien dans l’une ou plusieurs de ces dimensions est interprétée par la personne malade comme étant à l’origine de la maladie. L’interprétation de la guérison emprunte le même schéma et implique la restauration des liens qui se traduit en général par une transformation de la vie de la personne.

La maladie fait naître des questionnements sur le sens de la vie et de la mort et déclenche une crise existentielle qui touche l’entièreté de la vie de la personne malade. Cependant la biomédecine ne traite que le corps, voire seulement l’organe atteint, et apparaît donc comme une ressource incomplète. La personne malade va devoir aller chercher ailleurs les ressources nécessaires pour affronter cette crise en tant que personne et non en tant que corps. Elle va souvent chercher ces ressources dans des pratiques spirituelles ou dans une constellation de médecines alternatives. Sa quête de sens s’accompagne bien souvent d’un travail intérieur et de grandes remises en questions qui induisent de grandes transformations.

Références

Déchamp-Leroux Catherine, 1997, Débats autour de la transplantation d’organes, dans Sciences sociales et santé, volume 15, n°1, Les greffes d’organes : le don nécessaire : 99-127.

Descartes, René, 1970, Méditations métaphysiques, Paris, PUF.

Guillod, Olivier et Jean-François Dumoulin, 1999, Définition de la mort et prélèvements d’organes – Aspects constitutionnels, Institut de droit de la santé (IDS), Université de Neuchâtel, téléchargé à partir du site http://www.bag.admin.ch consulté le 17/08/2012.

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